L'épidémie invisible
Pendant des décennies, le TDAH a été considéré comme un "trouble de garçons". L'image stéréotypée du garçon hyperactif qui perturbe la classe s'est enracinée. Pourtant, le TDAH touche les femmes autant que les hommes. Il se manifeste simplement différemment.
Les études montrent que les femmes reçoivent le diagnostic de TDAH entre 5 et 10 ans plus tard que les hommes, et il n'est pas rare qu'elles soient diagnostiquées pour la première fois à 30, 40 ans ou même plus tard.
De nombreuses femmes ont passé des années à croire qu'elles étaient "paresseuses", "stupides" ou qu'elles "ne faisaient pas assez d'efforts", sans savoir qu'il y avait une cause neurologique derrière tout cela.
Pourquoi le TDAH passe inaperçu chez les femmes
Inattentif vs. hyperactif
Les femmes présentent souvent le type prédominant inattentif du TDAH. Rêver éveillée, perdre le fil, avoir un brouillard mental constant. Comme elles ne perturbent pas la classe par leur hyperactivité, elles passent inaperçues.
Masquage et compensation
Les filles sont élevées pour être "calmes" et "sages". De nombreuses femmes atteintes de TDAH développent des stratégies élaborées pour paraître neurotypiques, mais le coût est immense.
Diagnostics erronés
Les symptômes du TDAH chez les femmes sont fréquemment confondus avec l'anxiété, la dépression ou le trouble bipolaire. Ces troubles peuvent coexister avec le TDAH, mais sans traiter le TDAH lui-même, l'amélioration fondamentale ne vient pas.
"Mais vous aviez de bonnes notes..."
La réussite scolaire est fréquemment utilisée pour écarter le TDAH. Mais de nombreuses femmes atteintes de TDAH obtiennent de bonnes notes à force d'effort extrême, d'hyperfocus sur les matières favorites ou d'études motivées par l'anxiété.
Signes du TDAH chez les femmes
Voici des expériences courantes chez les femmes atteintes de TDAH. Vous reconnaissez-vous dans certaines ?
- • Essayer de tout bien faire et en fin de journée être mentalement épuisée
- • Problèmes chroniques d'organisation malgré les agendas, les applis et tous les systèmes essayés
- • Sensibilité émotionnelle : ressentir les choses profondément, pleurer facilement ou s'irriter rapidement
- • Ne pas pouvoir finir ce qu'on commence, même les projets qui vous passionnaient
- • Toujours la sensation d'être en retard, d'essayer de rattraper le temps perdu
- • Hyperfocus sur ce qui vous intéresse, mais incapacité totale à vous concentrer sur les tâches obligatoires ennuyeuses
- • Submergée par les tâches quotidiennes que les autres semblent faire sans effort
- • Sensibilité au rejet : la critique ou ce que vous percevez comme un rejet fait très mal
- • Des pensées qui ne s'arrêtent pas, incapacité à éteindre l'esprit la nuit
- • Achats impulsifs, trop manger, trop parler (et le regretter après)
Hormones et TDAH : la clé ignorée
Les œstrogènes affectent la dopamine, le neurotransmetteur central dans le TDAH. De nombreuses femmes remarquent que leurs symptômes fluctuent avec le cycle menstruel et les phases de la vie.
Prémenstruel (SPM)
La chute des œstrogènes peut aggraver la concentration, le contrôle émotionnel et l'inhibition des impulsions
Grossesse
Certaines s'améliorent avec l'augmentation des œstrogènes, d'autres découvrent le TDAH pour la première fois comme "cerveau de grossesse"
Post-partum
La chute brutale des œstrogènes et le manque de sommeil peuvent aggraver notablement les symptômes
Périménopause
De nombreuses femmes découvrent ou cherchent un diagnostic de TDAH pour la première fois pendant cette phase de baisse des œstrogènes
Si vous remarquez que votre concentration, votre mémoire et votre contrôle émotionnel se dégradent à certains moments du mois, cela vaut la peine d'explorer si le TDAH pourrait être impliqué.
Le prix du masquage
De nombreuses femmes atteintes de TDAH deviennent des expertes pour "se débrouiller" en tant que neurotypiques. Elles construisent des systèmes élaborés, fournissent le double d'efforts et cachent leurs difficultés. C'est le masquage.
Le prix du masquage est très élevé. De nombreuses femmes atteintes de TDAH souffrent d'épuisement chronique, d'anxiété, de dépression et de faible estime de soi. Ces problèmes ne viennent pas du TDAH en soi, mais de l'épuisement à le cacher en permanence.
Recevoir un diagnostic peut être libérateur. Comprendre que votre cerveau n'est pas "défectueux" mais simplement "fonctionne différemment" peut changer profondément la façon dont vous vous percevez et vos difficultés.
Questions fréquentes
J'ai du succès au travail. Puis-je avoir le TDAH ?
Oui, c'est possible. De nombreuses femmes atteintes de TDAH réussissent en fournissant beaucoup plus d'efforts que les autres, en exploitant leurs points forts (créativité, hyperfocus, gestion de crise) ou en choisissant des métiers qui correspondent à leur mode de fonctionnement. Le succès n'exclut pas le TDAH. En fait, le succès masque souvent le TDAH.
Est-il trop tard pour être diagnostiquée à l'âge adulte ?
Il n'est jamais trop tard. Des femmes sont diagnostiquées à 30, 40, 50 ans et plus. Beaucoup décrivent que le diagnostic a changé leur vie : elles ont enfin compris la raison de décennies de difficultés et ont pu accéder au soutien et au traitement adaptés.
Que faire si mon médecin ne me prend pas au sérieux ?
Malheureusement, il existe encore des professionnels de santé avec des conceptions dépassées sur le TDAH chez les femmes. Cherchez un spécialiste ayant de l'expérience dans le diagnostic du TDAH chez les adultes. Préparez des exemples concrets de la façon dont les symptômes affectent votre vie quotidienne pour les communiquer plus efficacement.
Ma mère/sœur/fille a le TDAH. Devrais-je faire une évaluation ?
Le TDAH est hautement héréditaire, et avoir un parent proche atteint de TDAH augmente significativement vos chances. De nombreuses femmes découvrent leur propre TDAH à partir du diagnostic de leurs enfants, quand elles se rendent compte que les expériences de leur enfance se recoupent.